Porteur(s)
Martin Bastien, doctorant
- Titre de la thèse : Profils, pratiques et santé des usagers réguliers de cannabis dans le contexte français
- Directeur/trice de la thèse : Perrine Roux (SESSTIM)
- Ecole doctorale : ED 62
- Date de la 4ème année : Janvier 2024 à Janvier 2025
- Mots clés : Usage de cannabis ; parcours de consommation ; automédication ; Réduction des Risques ; méthodes mixtes
- Résumé pour le grand public :
Malgré les politiques prohibitives, la prévalence de l’usage du cannabis a continué d’augmenter dans la population française au cours des dernières décennies. De plus, les modes d’usages et les produits disponibles continuent de se diversifier, avec une incertitude persistante quant à la qualité des produits en circulation. Dans un contexte de controverses autour du cannabis (par exemple, vis-à-vis de l’usage médical ou de son statut juridique), il est nécessaire de proposer de nouvelles stratégies de santé publique adaptées aux besoins des personnes concernées, notamment afin de réduire les risques associés au cannabis. L’objectif global de ces travaux de thèse est de décrire et comprendre les pratiques d’usage chez les personnes consommatrices régulières de cannabis en France, ainsi que leurs perceptions des bénéfices et des risques associés à ces pratiques.
Ces travaux de thèse reposent sur le croisement de données issues de trois enquêtes par questionnaire, conduites par Internet en collaboration avec des associations de santé communautaire, et de données issues de 21 entretiens menés auprès de personnes entre 18 et 68 ans qui consomment régulièrement du cannabis. Plusieurs analyses des réponses aux questionnaires permettent de décrire les profils et les motivations des participant·es vis-à-vis des usages thérapeutiques (hors recommandation médicale), et également vis-à-vis de la gestion de la qualité des produits. L’analyse des récits des participant·es aux entretiens permet de décrire les stratégies qu’ils·elles mettent en place pour gérer leurs consommations dans leur vie quotidienne.
Les résultats montrent ainsi des profils d’usager·ères « expert·es », socialement intégré·es, qui revendiquent des « usages responsables » et/ou des usages « thérapeutiques ». En effet, de nombreuses personnes consommatrices de cannabis adaptent volontairement leurs pratiques dans le but de préserver, voire d’améliorer, leur fonctionnement physique, mental et social dans leur vie quotidienne. Les stratégies mises en place tiennent compte des contextes de consommation, de la forme et de la qualité des produits, de la source d’approvisionnement, et des modes de consommation. Enfin, ces stratégies ne sont pas mises en place de la même manière selon l’âge, le genre, le niveau d’éducation, l’état de santé et les conditions matérielles de vie des personnes.
Finalement, ces résultats soulignent la possibilité de trajectoires non-problématiques d’usage du cannabis, voire de trajectoires positives. Les politiques et interventions de santé publique pourraient ainsi viser à renforcer les compétences, les connaissances et l’autonomie des personnes consommatrices. Elles pourraient également permettre des pratiques d’approvisionnement plus sécures, notamment en proposant des alternatives au marché illégale ou en contrôlant la qualité des produits sur le marché du cannabis.